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Ces épierrements intensifs résultent d'une occupation
maximale des terroirs. Ainsi en Ardèche, au début
du XIXe siècle, on comptait on comptait en moyenne 67 habitants
au km2. On sait par ailleurs qu’entre 1700 et 1789 les agriculteurs
représentaient 74 à 78% de la population active pour
atteindre en 1851 81%. À titre d’information les salaires
de l’industrie ne comptaient que pour 7% !
C’est à partir de ces chiffres, des
archives et renseignements issus de bonne source que l’on
peut, tout au moins en ce qui concerne les aménagements en
place, proposer une époque de construction située
entre 1750 et 1850.
La majorité des paysages lithiques européens
correspondent à des vignobles conquis par épierrement
sur des terrains à marnes délitables. L’emprise
du vignoble a provoqué des interventions dans des régions
extrêmes à géologie difficile ou sur des terroirs
fort pentus.
“De toutes les formes de l’activité
rurale française, c’est la culture de la vigne qui
a été soumise aux plus complètes péripéties.
Chacune de ces sensationnelles phases a inscrit son effet sur le
paysage” (Gaston Roupnel).
Dans l’Ardèche la superficie du
vignoble double entre 1816 et 1864, elle passe de 16 000 à
30 000 hectares. En correspondance évidente avec la
densité de la population, la production du vin oscille entre
195 000 hectolitres en 1730 et 300 000 en 1850.
“Là où croist la vigne,
là peut venir la soye” (Olivier de Serres).
Avant l’atteinte des maladies du ver à
soie et les attaques du phylloxera, l’Ardèche produisait
en moyenne, entre 1815 et 1860, 1 500 à 2 000 tonnes de cocons.
Le mûrier était complété partout. Les
cultures associées se répartissaient à tous
les niveaux, intercalés entre vignes, oliviers et châtaigniers.
D’une terre réputée agreste, les hommes firent
un jardin. La maîtrise écologique du paysage est si
évidente qu’elle mérite l’admiration.
Cette opulence ne dura vraiment que quelques décennies, les
millésimes gravés sur les linteaux, les porches et
les croix des chemins et des carrefours témoignent de cette
riche période.
Par la suite, d’autres événements
contribuèrent à favoriser le dépeuplement de
ces régions : l’industrie, la création du chemin
de fer, l’attrait des emplois fonctionnarisés…
La guerre de 1914-1918 accentua, de façon
violente hélas, le processus.
Le paysage des courageux “faiseurs de terre”
perdait alors ses constructeurs, le geste, les pratiques manuelles.
La symbiose de l’homme et de la terre s’effaçait
s’effaçait pour faire place à d’autres
réalités conditionnées par la mécanisation,
les coopératives, la production intensive et l’abandon
de la plupart des pratiques traditionnelles, mais ceci est une autre
histoire !
La création du paysage de pierre n’est
pas l’apanage des seuls paysans ardéchois ; une architecture
semblable est connue dans bien des régions de France et on
peut être frappé par les similitudes et les concordances.
Le phénomène se confirme d’ailleurs en Europe,
plus particulièrement dans les régions méditerranéennes.
Il semblerait que les difficultés rencontrées furent
surmontées de façon identique jusque dans les détails.
cependant a recherche d’un processus de diffusion semble illusoire.
L’architecture rurale n’avait guère
tenté jusqu’alors les géographes ou les ethnologues
mais depuis quelques années des associations diverses, des
chercheurs sérieux ont contribué à la connaissance
de ce patrimoine exceptionnel.
On peut considérer le paysage de pierre
comme un des témoignages les plus importants de la civilisation
rurale, tant par la qualité des moyens mis en œuvre
que par la densité des aménagements.
Actuellement cet acquis remarquable se décompose
sous nos yeux, nous ne pouvons rester indifférents.
L’exposition proposée ne représente
qu’une partie du sujet, limitée volontairement pour
ne pas trop charger la visite et permettre de bien sensibiliser
le visiteur.
D’autres thèmes sur lesquels nous
disposons d’une documentation importante : les aménagements
hydrauliques, la maison rurale dans le paysage, l’occupation
de l’espace, l’art populaire dans la maison ardéchoise…
pourront faire l’objet d’une présentation ultérieure.
Dans nos enquêtes et observations nous
avons trouvé une dimension complémentaire qui nous
a particulièrement touché et dont nous avons jugé
utile de tenir compte.
“Le paysage commence quand chaque science
humaine ou exacte se tait…” (Michel Serres).
L’originalité de ces paysages va
bien au-delà des simples considérations matérielles,
elle provoque en nous un sentiment esthétique et poétique
puissant qui ne peut être caché et qui doit être
partagé. La parole et le verbe ne suffisant pas, nous proposons
aussi l’image, en souhaitant qu’elle provoque le respect,
la sauvegarde et la protection de cet acquis remarquable.
L’ultime référence nous est donnée par
Michel Serres, récent académicien :
“Un livre peut se fermer, s’achever,
labyrinthe, puits ou prison ; la page des pages paysagères,
toujours ouverte, étalée, libre, lisible, étendue,
déployée, découverte, manifeste et patente,
ne cache jamais une page par une autre, voici le livre à
poursuivre, fragile. La parure de la terre ne ment pas…”.
Michel Rouvière, mars 1991
Catalogue 20 pages illustrées des dessins de Michel Rouvière.
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