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La lettre de Mémoire d'Ardèche et Temps Présent n°80, août 2026
Éditorial
Soixante ans après son décès, qui se souvient encore de Rémy Roure, un des plus célèbres journalistes du XXe siècle ? Tout juste quelques rues ou bâtiments à Arcens, sa commune natale, Plats où il avait acheté une résidence secondaire dans les années cinquante, Tournon ou encore Guilherand-Granges où un collège a un temps porté son nom, gardent sa trace.
C’est cet Ardéchois oublié et les compagnons de la Libération liés à l’Ardèche que ce Cahier de Mémoire d’Ardèche et Temps Présent vous propose de redécouvrir.
En effet, rien ne destinait Éloi Frédéric Rémy Roure plus connu sous le prénom de Rémy, modeste fils de paysans d’Arcens dans les Boutières à une grande carrière journalistique. Né le 30 octobre 1885, il est remarqué par le curé et le directeur de l’école catholique comme ayant du potentiel et dirigé vers l’école Notre-Dame de Valence où il obtient son baccalauréat. Pour financer ses études de droit à Paris, il s’engage pendant quatre ans dans les chasseurs alpins où il obtient le grade de sergent fourrier. Il entre en 1910 au journal Le Temps où il s’occupe de la rubrique des faits divers et couvre la grève des postiers. Il écrit également dans L’Humanité, journal de Jean Jaurès.
Marié à Hélène Marie-Louise Tourrès le 1er août 1914, il rejoint le front deux jours plus tard comme sergent au 159e régiment d’infanterie alpine. Promu sous-lieutenant, il est fait prisonnier à l’automne de la même année et interné au camp de prisonniers de guerre d’Ingolstadt. Il va y rencontrer des officiers qui vont changer sa vie, tels le futur général Catroux ou bien le lieutenant russe Toukhatchevski qui deviendra maréchal et chef de l’Armée rouge avant d’être exécuté sur ordre de Staline en 1937, et surtout le capitaine Charles de Gaulle, avec qui il restera ami pendant cinquante ans.
À son retour, il reprend son poste de journaliste au Temps dont il deviendra le rédacteur en chef. Il écrit sous le pseudonyme de Pierre Fervacque plusieurs livres consacrés à Trotski, au maréchal Toukhatchevski ou sur la question alsacienne. Sous son propre nom, il publie notamment en 1930 Anaïs, petite fille vivaroise. Il collabore ponctuellement à d’autres journaux.
Il est l’un des rares journalistes à s’intéresser aux livres publiés par Charles de Gaulle : La discorde chez l’ennemi (1924), Le fil de l’épée (1932), Vers l’armée de métier (1934), La France et son armée (1938).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, replié avec le journal Le Temps à Lyon, il travaille dans les locaux du journal
Le Progrès. Il fonde alors avec François de Menthon le mouvement et le journal clandestin Liberté dont il est membre du comité directeur. Celui-ci va rapidement fusionner avec d’autres journaux de la Résistance dans le journal Combat. Il appartient sous la responsabilité de Georges Bidault au bureau d’information et de presse assurant la liaison entre la France libre à Londres et la Résistance intérieure qui produit et distribue à partir de mai 1942, le Bulletin de la France combattante. Son domicile lyonnais, au 85, rue Cuvier, sert de lieu de réunion pour les résistants comme Jean Moulin, Henri Frenay, Berty Albrecht...
Engagé dans le réseau Bordeaux-Loupiac d’exfiltration de pilotes alliés en janvier 1943, il est arrêté à Rennes en octobre de la même année par la Gestapo suite à une dénonciation alors qu’il devait rejoindre le général de Gaulle à Londres. Gravement blessé, il est néanmoins torturé quatre jours plus tard. Le 27 avril 1944, il est déporté dans le « convoi des tatoués ». Interné à Auschwitz puis à Buchenwald, il est libéré le 11 avril 1945. Son épouse Marie-Louise et sa soeur Adrienne épouse Baumer meurent à Ravensbrück. Son beau-frère Louis Baumer décède à Neuengamme. Un neveu, Rémy Marti, est fusillé sur le pont de la Guillotière à Lyon quelques jours avant la Libération. Son fils unique, André, meurt accidentellement à Ravensbrück dans l’explosion d’une grenade.
Proche des milieux socialistes avant 1914, il restera toute sa vie un compagnon de route des démocrates chrétiens et sera au titre des prisonniers et déportés, membre de l’Assemblée consultative provisoire. Passant ses vacances en Ardèche, il y comptait de nombreux amis et a participé à l’aventure du Pigeonnier à Saint-Félicien autour de Charles Forot.
De retour en France, Rémy Roure refuse la direction du Monde que le général de Gaulle lui destinait pour des problèmes de santé. Il en devient cependant l’éditorialiste et numéro deux avant de le quitter en 1952 après la publication par le journal d’un faux document. Il rejoint alors Le Figaro comme éditorialiste jusqu’à sa mort le 8 novembre 1966. Charles de Gaulle, président de la République, se rend alors à son domicile. Il repose à Arcens, son village natal.
Rémy Roure, grand officier de la Légion d’honneur a été fait Compagnon de la Libération par décret du 25 octobre 1945. Par ailleurs, il a reçu la médaille des évadés (1914-1918), la croix de guerre 1914-1918 et celle de 1939-1945.
Deux autres compagnons de la Libération, Joseph Tardieu, né à Thueyts, et Albert Souques, natif de Saint-Péray, font l’objet d’un article dans ce Cahier. Il en va de même pour le général Jean Desmaisons, héros du génie à Bir Hakeim, enterré à Vals-les-Bains et du général François Binoche, membre de l’Armée secrète ardéchoise qui a choisi de reposer à Désaignes.
Bonne lecture.
Jean Claude COURTIAL, Jean Claude SABY