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CAHIER N° 170 (juin 2026)

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cahier 170

Couverture : Collier de perles en calcaire © Musée d’Orgnac, n°80
Dédicace à la grande Mère des Dieux pour commémorer un taurobole © ILN VI, n°43, Collection privée
Couvent des chèvres © Dominique Buis
La rencontre de deux armées françaises au passage de la rivière Rhône le 28 mars 1570, estampe du graveur
protestant Jean-Jacques Pérussin © Gallica, BnF

 

- Il était une fois Le Pouzin-Rompon, un territoire habité depuis 250 000 ans, Dominique Buis

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Il était une fois Le Pouzin-Rompon, un territoire habité depuis 250 000 ans

Le Pouzin, c’est l’histoire d’un peuplement à la confluence du Rhône avec la Drôme et l’Ouvèze. Des collines surplombent le fleuve : le Serre-Petou de Payre, la montagne de Rompon sont percées de grottes où l’homme a séjourné en alternance avec les ours, où il a enterré ses morts, parfois aussi hors des abris sous roche, dans les dol­mens à tumulus. Les fouilles archéologiques en amateurs ou officielles ont pu retracer le chemin de ces hommes d’un temps lointain.

Dans la plaine, les sols du Pouzin ont révélé les vestiges d’une petite agglomération portuaire au débouché de l’Ouvèze, et son pont romain, un des plus anciens en Ardèche. Le grand fleuve est riche en alluvions pour les cultures et permet les échanges entre populations. On a exhumé le matériel funéraire de deux nécropoles, les mosaïques d’une riche villa, des amphores et de nombreuses monnaies romaines. L’histoire est en marche avec les traces d’une occupation sur la montagne de Rompon : un site de hauteur enserré dans une enceinte du Ve siècle, des vestiges romains et médiévaux, et le prieuré clunisien Saint-Pierre qui dresse encore des pans de murs de son imposante église. La famille Cuminal, propriétaire et passionnée de ce lieu, a relevé quelques ruines et effectué un travail de recherche dans les archives et les livres d’historiens, dont les résultats sont parvenus à l’association Avenir du Prieuré clunisien Saint-Pierre de Rompon.

Durant les guerres de religion au XVIe-XVIIe siècle le bourg castral du Pouzin, sous la protection d’un château fort du XIIe siècle, a subi nombres d’attaques et deux sièges de 1574 à 1628 qui installent soit les catholiques, soit les protestants au bourg. Du château il ne reste que le témoignage des archives de papier, tant ces guerres de religion ont fait de tort à la cité que ses remparts ne pouvaient protéger des canons. Les troupes traversent le Rhône d’île en île depuis la rive gauche du Dauphiné sur des ponts de bateaux, avec des frégates ou des bacs.

Le territoire a ses blessures de guerre, on se bat pour la maîtrise de la voie de transport qu’est le Rhône, on se bat pour les revenus des péages. Mais on se bat aussi contre les routards en errance de la guerre de Cent Ans, on se bat entre tenants d’une religion. La guerre encore en 1944 où les trois-quarts de la ville sont bombardés par les avions alliés à la poursuite des Allemands après le débarquement de Provence. Des habitants sont ensevelis sous les décombres. Des jeunes résistants sont fusillés. À chaque fois la ville se redresse et l’histoire disparaît sous la terre et les reconstructions.

Les riverains ont vu passer au fil du fleuve des bateaux de toutes sortes au gré des progrès de la navigation : des hommes tirant des barges à la remonte, remplacés par des attelages de chevaux sur les chemins de halage, des radeaux qui emportent du bois à la décize, puis les bateaux à vapeur, toueurs, remorqueurs, bateaux de tourisme. Aujourd’hui le fleuve est régulé, dompté par un barrage et sa centrale qui fournit 500 000 personnes en électricité. Son cours en a été transformé, les îles qui permettaient le franchissement de riaume vers empi (royaume et empire) ont disparu.

La petite ville du Pouzin a toujours su développer industrie et commerces, hauts fourneaux, moulinages, entre­prises diverses, jusqu’à aujourd’hui avec sa zone industrielle établie sur l’ancienne île Chambenier. Quant au vil­lage de Rompon il a connu une heure de gloire avec l’importance des thermes de Celles-les- Bains. On y guérissait tout, selon le médecin fondateur, le docteur Barrier.

Ce Cahier doit beaucoup aux membres de l’association Avenir du prieuré clunisien Saint-Pierre de Rompon (APCSPRLP) et aux recherches d’historiens locaux des associations aux lumières aujourd’hui éteintes : Rompon Nature ou Patrimoine du Pouzin. Tous ces témoins de l’évolution de leurs villages ont réuni au cours de nom­breuses années de précieux documents. Un grand merci à Simone Bertrand, institutrice, qui a initié les jeunes Pouzinois à l’archéologie et à l’histoire. Un grand merci à Marcel Seuzaret, journaliste au Dauphiné Libéré, aujourd’hui disparu, qui a consulté sans répit les archives départementales ou municipales pour raconter l’histoire de ce territoire. Merci à Mme Cuminal pour la tenue remarquable de ses archives sur le prieuré Saint-Pierre et à M. Desbrus pour les archives de la famille Barrier. D’autres chercheurs, enseignants ou universitaires patentés, nous ont rejoints pour enrichir notre enquête. Pour autant ce récit n’est pas exhaustif et laisse encore des pans d’histoire à explorer.

Dominique BUIS

Nous tenons à rendre hommage à Roland Comte, président de Cévennes Terre de Lumière, décédé en 2024, qui nous a aidés dans la lutte pour la préservation du site du prieuré Saint-Pierre de Rompon, contre l’extension d’une carrière de granulats. Nos autres partenaires dans ce combat patrimonial étant la Fédération européenne des Sites clunisiens, la Société de Sauvegarde des Monuments anciens de l’Ardèche, la Fédération ardéchoise de la Recherche préhistorique et archéologique, la Fondation du Patrimoine Ardèche, Christophe Vignal maire du Pouzin et Yann Vivat maire de Rompon.

Joëlle DUPRAZ, Présidente de l’association APCSPRLP